Lobbying, mode d'emploi
lundi, janvier 13, 2003 at 2:19 PM Planète-RP :
Quel est votre parcours ?
Thierry Bretécher : Après un cursus universitaire
en sciences politiques et en droit communautaire, j'ai effectué
toute ma carrière en cabinet conseil, successivement comme
collaborateur de Bernard Le Grelle et de Thierry Lefébure.
Début 2000, j'ai rejoint Jérôme Lascombe pour
monter le département Public affairs d'Hopscotch, l'agence
de communication corporate qu'il venait de lancer. L'euphorie
Internet appartenant désormais au passé, j'interviens
depuis lors comme chargé de mission pour un cabinet conseil
en stratégie.
PRP : Existe-il un cursus
type pour réussir dans les métiers du lobbying ?
TB : IEP/Droit reste la meilleure formation de base. A
compléter si l'on veut se spécialiser dans les affaires
réglementaires d'un secteur d'activité ou sur un
enjeu de société tel que l'environnement. Par ailleurs,
les débouchés sont variés selon si l'on souhaite
intégrer un cabinet conseil, une entreprise ou une organisation
issue de la société civile.
PRP : Votre métier
connaît-il des évolutions ?
TB : Toute activité de conseil est en évolution
permanente. Prenons le cas d'un lobbyiste qui conseillerait une
entreprise française du secteur des télécoms.
Cela suppose d'être à Bruxelles pour surveiller les
projets de directives du "paquet télécoms II",
d'intervenir auprès de la Commission européenne
et des eurodéputés afin de leur soumettre une série
de propositions juridiques qui aient été préalablement
justifiées par la position de l'OCDE en la matière
et celle du gouvernement français. Une fois adoptées,
ces directives devront être transposées en droit
français faisant l'objet d'un projet de loi portant DDOC
(diverses dispositions d'ordre communautaire). Il conviendra,
dès lors, d'intervenir auprès des parlementaires
pour leur donner la position de l'entreprise concernée
et de suivre la rédaction des décrets d'application.
Ceci pour démontrer que le jeu d'influence suit la décision politique. Aujourd'hui, celle-ci se situe à Bruxelles et à Genève. Paris ne conservant qu'une marge de manœuvre relativement étroite sur des secteurs réglementés où la souveraineté nationale prime encore.
PRP : Quels sont les
grands volets de vos interventions ?
TB : Pour mettre en œuvre une stratégie de
lobbying, il convient d'appliquer la méthodologie suivante
:
- Etude contextuelle visant à identifier les menaces et
opportunités pour l'entreprise ;
- Identification des interlocuteurs politiques et des relais d'opinion
;
- Elaboration de l'argumentaire et intervention auprès
des interlocuteurs ad hoc
Suivi des positions et mis en place des outils tactiques permettant
d'appuyer la stratégie d'influence (relations presse, colloques,
constitution et animation d'associations ad hoc ; etc).
PRP : A quelle éthique
répond votre métier ?
TB : J'applique en tout point la Charte relative à
l'exercice de la profession de conseil en lobbying que vous pouvez
lire sur le site de l'association.
PRP : Un attaché
de presse peut-il évoluer vers cette activité ?
TB : S'il dispose d'un relationnel-réseau efficace
dans les milieux concernés, il peut envisager d'évoluer
vers un poste d'attaché parlementaire d'un grand groupe.
PRP : Comment est organisé
le marché français ?
TB : Selon si l'on intervient en amont ou en aval d'une
stratégie de lobbying, on trouve des généralistes,
en l'occurrence les cabinets conseil en lobbying et les agences
de communication corporate, et des spécialistes tels que
les cabinets d'intelligence économique, les cabinets d'avocats
d'affaires et les cabinets conseil en stratégie. Sans oublier
les lobbyistes intégrés au sein des entreprises
et des organisations professionnelles.
PRP : Aujourd'hui, on
constate que de grandes entreprises mettent en place des campagnes
de communication qui impliquent l'opinion publique ? Comment se
positionne le lobbyiste face à cela ?
TB : Dès lors qu'il y a concertation préalable
sur l'évaluation du risque d'opinion entre le directeur
de la communication et le conseil, les dirigeants peuvent prendre
leur décision en toute connaissance de cause.
Au demeurant, la tendance actuelle est la recherche de consensus
entre l'entreprise et les parties prenantes dont l'opinion publique.
Géré de manière subtile, ce qui résulte
d'un consensus peut s'avérer être un outil de communication
pertinent et un outil d'influence efficace.
Par ailleurs, en collaboration avec un cabinet conseil basé
à Genève, j'ai élaboré un produit 'Le consensus building' qui puisse répondre
à cette nouvelle problématique de communication. Des secteurs jugés sensibles
par les ONG et par l'opinion m'ont déjà manifesté leur intérêt à la méthodologie
proposée. Ce qui indique que nous sommes bien dans une tendance lourde et comme
toujours, il appartient aux communicants de faire preuve de créativité conceptuelle.
AFCL,
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Thierry Brétecher 



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