La prévention de situations de crise
lundi, janvier 20, 2003 at 3:00 PM La prévention de situations de crise présentée par Jean-François Cancel, Directeur Général Adjoint, Brodeur SRRP
PRP : Pouvez vous nous rappeler votre parcours et votre rôle actuel
au sein de
l'agence Brodeur ?
Jean-François Cancel : J'ai démarré ma carrière
de conseil en relations publiques en 1984, en intégrant le groupe i&e.
J' y ai occupé successivement les fonctions de consultant, directeur
de groupe et conseil associé.
Ma formation étant généraliste (IEP Paris), une agence
globale de relations publiques telle qu'i&e m'a permis de découvrir
toutes les techniques de ce métier, de la communication interne au sponsoring
sportif et au mécénat humanitaire, de la communication presse
à la communication locale ou environnementale,…pour des clients
provenant de divers secteurs économiques : agro-alimentaire, santé,
réparation automobile, aéronautique, assurances, informatique,…
Plus précisément, dans le domaine de la communication de crise,
je suis intervenu pour de nombreux clients anglo-saxons qui avaient développé
une approche, une méthodologie et des techniques efficaces et pertinentes.
Depuis juin 2000, j'ai rejoint l'agence Brodeur SRRP, 1ère agence de
relations publiques et relations presse au service des marchés technologiques.
Après avoir pris en charge la direction de SRRP One, filiale dédiée
aux start-ups et sociétés internet B2B et B2C, je suis devenu
directeur général adjoint de Brodeur SRRP courant 2001 et, entre
autres, responsable des programmes de prévention de crise.
PRP : Pour quelles raisons avoir développé ce département
au sein de votre groupe ?
Jean-François Cancel : On peut partir d'un constat très
simple, révélateur du climat général : depuis de
nombreux mois, 45 à 50 % des articles qui paraissent dans les media d'envergure
nationale concernent les difficultés et les crises que traversent bon
nombre d'entreprises. Pour les sociétés technologiques, cette
proportion est encore plus forte et avoisine 70 ou 75 %.
Cette situation est encore aggravée par la perte de confiance des milieux
bancaires et boursiers, l'attitude à tout le moins frileuse des investisseurs,
la méfiance des consommateurs et les incertitudes qui sont apparues sur
la scène internationale au lendemain des attentats du 11 septembre 2001,
voire même dès l 'été précédent.
Dans ce contexte, nous avons pensé qu'il était judicieux de proposer
à un certain nombre de nos clients - intervenant sur des secteurs particulièrement
exposés - de réfléchir, avec eux, aux différents
scenarii de crise susceptibles de les affecter et aux moyens préventifs
à mettre en œuvre. Nous étions ainsi mieux à même
de les défendre, le moment venu.
Par ailleurs, notre appartenance au réseau mondial Brodeur milite également en faveur de l'identification d'experts de ces sujets au travers d'équipes et de 'practices'. Nous sommes ainsi en mesure de développer des synergies utiles pour nos clients internationaux.
Il est clair que mes expériences passées ont été, pour moi, un précieux atout pour intervenir rapidement et efficacement auprès de ces clients.
PRP : Le secteur des NTIC s'est enfoncé depuis 2 ans dans la morosité,
ce qui oblige à des décisions difficiles ( fermeture d'activités,
suppressions d'emplois )
Quelles sont les grandes règles que vous conseilliez à ces acteurs
de respecter si ils sont face à ces ultimatums ?
Jean-François Cancel : " morosité ", le terme
est malheureusement en-deçà de la réalité. Qu'elles
appartiennent au secteur des NTIC ou non, bon nombre d'entreprises connaissent
aujourd'hui une crise sans précédent et sont d'autant plus démunies
qu'elles ne disposent pas de références d'ampleur similaire dans
le passé.
Les 'grandes règles' peuvent donc s'appliquer à tout type d'entreprise
sur tout type de marché.
Tout d'abord, je pense qu'on ne répètera jamais assez combien
il est essentiel d'anticiper et de se préparer. En d'autres termes, la
question n'est pas de savoir " que faire si…. ? " mais bien plutôt
" que faire quand… ? ". En effet, toute entreprise est potentiellement
en situation de risque, les attaques pouvant provenir de n'importe lequel de
ses publics-cible (investisseurs, milieux boursiers, clients, fournisseurs,
concurrents,.. voire (ex-) salariés)
Ensuite, il est fondamental de connaître son environnement au sens large,
ce que l'on peut considérer comme l'éco-système de l'entreprise.
Quels sont ses publics utiles, influents, prescripteurs ? Quels sont ses alliés
naturels ? Quels liens existent entre ces divers publics ? Quel rôle les
salariés peuvent-ils ou sont-ils prêts à jouer,… ?
Telles sont quelques unes des questions que nous partageons avec nos clients
lorsque nous concevons une stratégie de prévention de crise.
Pour ce faire, nous avons mis au point, chez Brodeur, une méthodologie
en 10 points qui nous permet d'avoir une vision claire des principaux risques
potentiels et de réfléchir concrètement aux moyens de les
contenir et de les contrer.
Du côté des 'outils' que nous proposons, notre intervention s'étend de l'identification des porte-parole à leur sensibilisation et formation, de la veille quotidienne des sources d'informations à la rédaction des documents, de la constitution / animation de cellules de crise à l'évaluation de l'impact auprès des médias comme des autres acteurs relais.
PRP : Pour quelles sociétés êtes-vous intervenus et quelle
a été votre implication ?
Jean-François Cancel : Pour des raison de déontologie
liées à ce type d'activité, nous ne souhaitons pas divulguer
les noms des entreprises pour lesquelles nous sommes intervenus en prévention
ou gestion de situations de crise.
En respectant cet anonymat, nous pouvons néanmoins citer le cas de
cet acteur majeur dans le domaine de la téléphonie mobile qui
devait annoncer la décision de restructurer ses activités avec
plusieurs centaines d'emplois concernés. Nous avons eu la possibilité
d'intervenir en amont, 2 mois ½ avant l'annonce officielle. Nous avons
donc pu préparer notre stratégie, nos messages clef, travailler
en parfaite intelligence avec le service communication et tous les départements
impliqués en interne : Direction Générale, RH, Juridique,
direction de sites,…et les services du siège social basé
hors de France.
Au final, les messages que nous avions définis ont été largement repris, notamment le fait que l'entreprise était victime des difficultés de son secteur et qu'elle entendait tout mettre en œuvre pour accompagner au mieux les salariés concernés par la perte de leur emploi.
PRP : Les entreprises semblent faire appel aux experts de la gestion de crise
quand il est déjà trop tard pour atténuer certains effets
négatifs. Le secteur des NTIC est il considéré par vous
comme mature par rapport à ces obligations d'anticiper en permanence
ou au moins d'opérer une veille scrupuleuse des opinions et des relais
?
Jean-François Cancel : Comme d'autres, ce secteur n'était
pas nécessairement prêt ni mature. Culturellement, il n'est pas
toujours facile pour une entreprise de réfléchir à des
scnarii catastrophes dans la sérénité ! Cela remet parfois
en cause les acquis, les certitudes, les a-priori et peut placer certains responsables
dans une situation inconfortable.
Toutefois, la crise actuelle a accéléré la prise de conscience
de ces acteurs de façon extrêmement rapide. Pour certaines entreprises,
filiales de groupes anglo-saxons, notre marge de manœuvre est assez réduite
mais globalement, on perçoit une sensibilité beaucoup plus forte
à ces techniques et une reconnaissance plus marquée de la pertinence
de nos propositions.
Il n'en reste pas moins qu'il y a encore trop souvent un écart entre
une nécessité perçue et le passage à l'acte avec
la mise en place d'une véritable politique de prévention. Le coût
n'étant généralement pas le premier frein !
Dans ce domaine comme dans d'autres, la cigale insouciante a souvent du mal
à se transformer en fourmi prévoyante. Et le meilleur conseil
en communication n'est pas, pour autant, un faiseur de pluie…ni de miracles
!




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