Radiographie d'une agence de presse
jeudi, février 13, 2003 at 4:05 PM Planète-RP : Comment s'est créée votre agence ?
Filigrane Press : Filigrane Press est née en 1996 de la volonté
de trois journalistes (dont deux anciens du Groupe Tests) d'exercer leur métier
de façon indépendante, tout en évitant l'" isolement
" des pigistes. L'agence a d'abord existé au sein d'une petite SSII,
comme pôle rédactionnel (l'écriture d'articles " produits
" et les essais de matériel s'adaptaient bien à cette imbrication).
Elle a pris son autonomie en 1998.
PRP: Comment est organisé le marché français des agences
de presse ?
FP: Nous ne pouvons parler que des secteurs des TIC, qui constituent
notre activité principale depuis la création de l'agence. C'est
un marché morcelé, où gravitent peu de sociétés,
plutôt indépendantes et dirigées par leurs fondateurs (telles
que Techno Chroniqueurs, La Boîte à écrire, Cassiopée
Presse). Comme Filigrane Press, ces agences ont peu à peu étoffé
leurs prestations, alternant entre articles commandés par la presse et
production d'écrits pour des agences de communication et leurs clients.
A cela, il faut ajouter le grand nombre de pigistes, qui, eux aussi, peuvent
intervenir pour la presse comme pour les entreprises.
PRP : Quels sont les paramètres critiques pour réussir à
lancer une agence de presse ?
FP : Clairement, l'importance du réseau relationnel tissé
entre le ou les fondateurs et ses commanditaires potentiels (groupes de presse
ou agences de communication). Ce n'est pas un hasard si la plupart des dirigeants
d'agences de presse ont d'abord été journalistes en rédaction.
Ensuite, la polyvalence est fondamentale, tant en termes de sujets traités
que de produits rédactionnels réalisés. Par ailleurs, et
c'est un paradoxe, la vitesse d'exécution doit être combinée
avec la meilleure qualité de réalisation possible - surtout dans
une période comme aujourd'hui où le nombre d'intervenants (agences,
pigistes, rédacteurs) progresse tandis que le nombre de commandes s'est
réduit
Enfin, la force d'une agence tient également dans
la prise en charge de certaines contingences pratiques (frais téléphoniques,
secrétariat de rédaction, mobilisation de plusieurs journalistes
pour honorer les commandes importantes
).
PRP : Comment travailliez vous ? Informations quotidiennes ? dossiers ?
accord exclu avec titres ?
FP : Concernant notre activité discours d'entreprise, ce sont les agences de communication qui nous missionnent sur des dossiers précis tels que la rédaction de dossiers de presse, d'articles d'opinion, de témoignages client, l'adaptation de documents anglo-saxons, la rédaction de rubriques de sites Web Pour notre activité presse, nous avons des clients réguliers (01net, Télécom Business Life, Novethic.fr ) auxquels s'ajoutent des titres pour lesquels nous pigeons occasionnellement, comme L'Express. Si la plupart du temps, nous proposons des articles ou dossiers aux différentes rédactions, 01net nous missionne régulièrement pour la couverture de salons, et Novethic.fr nous a confié une chronique " Bourse " hebdomadaire. Tout l'intérêt pour nous est évidemment de proposer régulièrement des sujets " clés en mains ", avec un angle, des sources et des témoignages " fouillés ".
PRP : Etes vous monospécialiste ou avez-vous diversifié vos
secteurs d'intervention?
FP : Notre spécialisation première, les TIC au sens large
(informatique, réseaux, télécoms, Internet) s'est progressivement
étendu à des sujets de plus en plus " éco-entreprise
". C'est l'évolution générale du secteur qui veut
cela. Depuis la mi-2001, nous avons ajouté une corde à notre arc
en nous spécialisant dans tout ce qui touche au développement
durable (responsabilité sociale et environnementale des entreprises,
fonds éthiques, commerce équitable). Cette activité prolonge
naturellement notre orientation éco-entreprise. La difficulté
consiste donc à être suffisamment spécialisé dans
un ou deux domaines, tout en restant généraliste de ces questions,
afin de pouvoir traiter des commandes très diverses, tant dans le fond
que la forme.
PRP : Les attachés de presse comprennent-ils bien votre rôle
?
FP : Malgré le discours officiel tenu par les agences, peu d'attaché(e)s
de presse savent réellement comment travaille un journaliste, et quelles
sont ses contraintes. Le problème est que, bien souvent, les personnes
qui arrivent dans ce métier se retrouvent directement sur le terrain,
sans avoir été bien informées au départ. Elles se
trouvent ainsi exposées, d'emblée, à la pression des clients,
désireux d'obtenir des retombées presse abondantes. L'autre difficulté
pour nous consiste à expliquer aux agences de RP en quoi nos attentes
peuvent être différentes de celles des journalistes en rédaction.
Pour schématiser : inutile de faire la promotion d'un client seul. Mieux
vaut nous solliciter en expliquant pourquoi telle entreprise est révélatrice
d'une nouvelle tendance technologique ou de marché, nous proposer des
témoignages d'experts. Bref, venir avec des propositions de pistes, d'angles
pour des dossiers de fond, dans lesquels pourront témoigner les clients
de leur agence (et leurs concurrents, bien sûr). Mais ce message est long
à faire passer, car les équipes ne cessent de changer
PRP : Quelle va être l'évolution de votre activité et
des modèles de fonctionnement ?
FP : Il est possible qu'à l'avenir, les groupes de presse ayant
tendance à réduire les effectifs de leurs rédactions internes,
l'édition déléguée de rubriques, voire de magazines
complets, soient confiées à des agences de presse. Autre tendance,
déjà mise en uvre par Latribune.fr : proposer des dossiers
thématiques parrainés par une entreprise (pas directement impliquée
dans le domaine couvert évidemment, afin de garantir la neutralité
des journalistes). L'avantage pour le groupe de presse est d'être certain
de couvrir le budget pige alloué. L'agence ou le journaliste indépendant
a ainsi le temps de creuser le sujet, et de rendre un papier complet. Hormis
cela, nous pensons que la qualité fondamentale des agences restera leur
capacité à proposer des sujets originaux, et à les traiter
dans les délais impartis. Aux côtés des pigistes, elles
continueront ainsi à servir de " soupape " aux rédactions.
PRP : Vous différenciez vous sur d'autres prestations ?
FP : Nous essayons d'intervenir le plus en amont possible dans la prise
de décision, en proposant non seulement des sujets mais aussi les moyens
de les couvrir financièrement, en discutant avec nos clients de l'intérêt
à créer de nouveaux produits rédactionnels, en les aidant
à bâtir de nouveaux services, de nouvelles rubriques. Seul hic
: la créativité rédactionnelle bute souvent sur des questions
budgétaires. Ou sur la peur d'être le premier à se lancer.
Nous faisons donc tout pour démontrer au responsable marketing, qu'il
travaille dans un groupe de presse ou une entreprise, que notre intervention
sera bénéfique en termes d'argent et d'image de marque.




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