Bévues de presse et maljournalisme !
lundi, mars 3, 2003 at 11:15 AM Jean-Pierre Tailleur, journaliste de profession a écrit un ouvrage complémentaire au brulôt contre le journal Le Monde. Il attaque d'une manière générale les dérives d'un certain journalisme, baptisé par lui maljournalisme...d'ailleurs il a mis en ligne un site consacré à ce thème, et a publié un ouvrage ( Bévues de Presse )...entretien.
Planète-RP : Pouvez vous me rappeler votre parcours ?
Jean-Pierre Tailleur : Naissance à Buenos Aires, famille franco-argentine,
jeunesse à Montpellier, études à Supdeco Lyon. Ensuite, six années
de Société Générale dont trois comme expatrié
à New York. J'y ai étudié le journalisme, à Columbia
University, en changeant de carrière. Après une année de
piges diverses pour la presse française et étrangère, notamment
pour un magazine paraguayen, je suis retourné en France où durant
4 ans j'ai exercé comme journaliste économique. J'ai participé
à la création du mensuel Management, chez Prisma Presse, où
je m'occupais des techniques de gestion et des banques, puis j'ai rejoint L'Usine
nouvelle qui me proposait de sortir du journalisme financier. J'ai ensuite profité
d'une clause de cession pour tenter de m'installer à Barcelone comme
pigiste pour les presses française et espagnole, et me lancer dans l'écriture
de "Bévues de presse". J'ai pu être publié dans
El Pais, mais cela ne me permettait pas de vivre. Au bout de 15 mois, début
2000, quitte à ne pas avoir de revenus, je me suis consacré à
fond à l'écriture de ce qui s'est avéré être
la critique du journalisme français la plus complète publiée
jusqu'à présent. Mon livre devait sortir au Seuil fin 2001, mais
ils ont eu peur et c'est finalement Le Félin qui l'a publié, en
mars 2002.
Planète-RP : Quel a été le facteur qui a déclenché
l'écriture de votre livre ?
JPT: Le fait de trouver parfois dans les grands journaux français
un amateurisme dans les enquêtes que je notais moins chez leurs confrères
américains. J'ai eu confirmation lorsque j'ai fait mes premières
piges, sans aucune vérification des informations que j'envoyais. Ensuite,
comme rédacteur économique, j'arrivais à m'éclater
dans certains reportages, mais ma passion c'était l'hyperjournalisme,
qui consiste à écrire sur les pratiques de sa profession. Depuis
1993, j'accumulais des cas de mauvais ou de bons reportages comme d'autres collectionnent
les timbres, et le jour ou j'ai pu en faire la synthèse, j'y suis allé
à fond. La question du maljournalisme, centrale pour notre démocratie,
n'était pratiquement traitée par personne, et cela me motivait
d'autant plus.
Planète-RP : Quel est votre jugement du livre de "Péan
et Cohen" et quelles sont les thèmes/argumentaires communs à
vos deux livres ?
JPT: Je ne l'ai pas encore lu, mais pour ce que j'en sais à la
lecture des bonnes feuilles dans L'Express, il me paraît très percutant
et convaincant, et tout a fait complémentaire du mien: Péan et
Cohen se sont intéressé aux arrière-cuisines du journal
de référence, alors que dans "Bévues de presse",
j'ai fait le travail d'un critique gastronomique qui juge à partir des
articles servis dans les principaux journaux généralistes. Le
Monde reste un grand journal, et ce serait dommage que le débat soit
confiné dans les agissements du trio Colombani-Plenel-Minc. Personne
n'a noté, curieusement, qu'un des co-auteurs qui les critiquent violemment
est un journaliste de Marianne. Or ce magazine se comporte souvent comme une
sorte de "NY Post" pour intellectuelloïde, aussi inquiétant
sur l'état de notre démocratie que certaines unes malencontreuses
du Monde...
Planète-RP : Le site www.maljournalisme.com vous permet de bénéficier
d'une vitrine pour votre ouvrage face à la frilosité de vos confrères
à le chroniquer. Cette stratégie commence-t-elle à porter
ses fruits ?
JPT: Oui, je reçois de plus en plus de messages. Mais tant qu'aucune
grande radio ou télé n'aura pas débattu des questions que
je soulève, on peut considérer que "Bévues de presse"
est boycotté. Même un journaliste prétendument rebelle comme
Daniel Mermet ignore mes travaux, parce que critique des journaux "de gauche"
comme "de droite". Je soupçonne aussi certains libraires de
ne pas avoir joué le jeu, mais heureusement qu'il y a Amazon.fr!
Planète-RP : On reproche souvent aux communicants de servir les intérêts
des entreprises et organisations qui les emploient au risque de manquer de l'indispensable
rigueur intellectuelle dont font usage les journalistes...qu'en pensez vous
?
JPT: Les communicants sont dans leur rôle quand ils servent les
intérêts de leurs employeurs, et ils sont nécessaires dans
les grandes institutions. Je ne sais pas si leurs relations avec la presse étaient
pires ou meilleure il y a 20 ans. Mais ce qui m'inquiète plus, c'est
le manque d'enquêtes en profondeur qui remettent en cause leurs messages.
A ma connaissance, face au scandale du Crédit Lyonnais ou au cas Vivendi,
il n'y a pas eu, en France, des journalistes qui peuvent se targuer d'avoir
démonté le discours officiel. Cela n'a pas été le
cas aux Etats-Unis avec Enron, car les agissements de ses dirigeants ont été
révélés par quelques journalistes avant l'éclatement
du scandale. J'ai mis sur maljournalisme.com un article assez édifiant
de la Columbia Journalism Review, sur cette indépendance par rapport
aux communiquants que nous avons somme toute moins en France.




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