Communication des collectivités locales : une communication d’entreprise… comme les autres, visant le citoyen acheteur
lundi, mars 31, 2003 at 11:24 AM Communication des collectivités locales : une communication d'entreprise comme les autres, visant le citoyen acheteur
Ce qui différencie principalement ces deux émetteurs c'est évidemment leur source. Pourtant, nombreux sont leurs éléments communs en terme de communication. Nous en présenterons ici quelques uns, avec un coefficient de distorsion voulu afin de montrer que le citoyen et l'acheteur, puisqu'ils ne peuvent être artificiellement séparés, mènent à l'utilisation d'approches communicationnelles identiques entre les collectivités locales et les entreprises, destinées au citoyen acheteur.
Le citoyen démobilisé, inerte face aux enjeux électoraux,
doute des institutions et de la politique. Cet homo civis demeure inséparable
de l'homo economicus qui, s'il sait s'impliquer sur certains mouvements à
la limite de la politique et de la consommation (bio, humanitaire, développement
durable
), développe en partie une consommation désimpliquée,
particulièrement pour les produits et services perçus comme une
contrainte. Ainsi, ce qui est obligatoire est toujours trop cher, acheté
rapidement et à contre-cur : la cantine, l'abonnement transports,
les produits d'entretien.
Avec le virage vers le consumérisme qui, parfois, cache des demandes
plus exigeantes qu'un service ne peut apporter, le citoyen acheteur se place
en demandeur que ses " fournisseurs " doivent satisfaire puisqu'il
est le " client ". La critique du contenu pédagogique d'un
cours, de l'équilibre d'un repas scolaire est similaire à celle
des qualités nutritionnelles de la restauration rapide ou de la surcharge
saline des céréales du petit-déjeuner. Ce sont juste des
marchés différents
s'adressant à des sources et cibles
identiques.
Face à elles, collectivités locales et entreprises développent
une communication
- De persuasion, visant à générer de nouveaux comportements
(sociaux, économiques, alimentaires
) ou à différencier
la marque face à des concurrents, des acheteurs ou des " comportements
repoussoirs ". L'objectif est de révéler, souvent en utilisant
les solutions éculées du avant / après ou du side by side.
- De justification, par la preuve systématique des assertions afin de
mieux appuyer la promesse. Les collectivités locales sont ainsi "
tombées " dans les stratégies créatives, voire même
dans celles, plus rigides, issues des lessiviers, surtout lorsque le service
à vendre se prête à une articulation promesse / bénéfice
/ justification.
Les émetteurs doivent donc sans cesse se positionner dans l'esprit du
citoyen acheteur en misant sur
- La communication d'existence invitant les cibles à penser, par un raccourci
généralement à base d'affectif, que " ici c'est mieux
qu'à côté ", favorisant un repli sur un groupe géographique,
sur un groupe de pairs, etc.
- L'identité, territoriale pour les collectivités locales, issue
de ses traditions, de son urbanisme, etc. ; de marque pour les entreprises,
en insistant sur leur antériorité, leurs racines dans la culture
nationale, leur puissance
- Le développement d'un sentiment communautaire de fierté, d'appartenance,
de signe.
Différenciation et capitalisation sur un existant, typiques d'une communication
de marque sont donc entrées dans la communication des collectivités
territoriales.
En termes de moyens de communication, la palette est quasi similaire entre
les deux émetteurs : le journal municipal s'éloigne peu du consumer
magazine, le site web est un site plaquette (parfois transactionnel) multicibles,
les outils de communication de proximité sont largement utilisés
Face à la désimplication que nous évoquions, collectivités
locales et entreprises cherchent à se rapprocher du citoyen acheteur
par de l'événement, de la communication géociblée
(quartiers vs. points de vente et rayons), de l'affichage, de la communication
relationnelle (clubs, service nouveaux arrivants / nouveaux consommateurs, assistance
téléphonique)
Enfin, quant aux modes de communication, tous sont utilisés par les collectivités
et les entreprises, que ce soit la communication " commerciale ",
institutionnelle, interne ou le design
Sans compter les nouvelles orientations
vers le développement durable.
Ces éléments tendent à prouver que la communication des
collectivités territoriales et celle des entreprises se ressemblent de
plus en plus, probablement aussi parque que les collectivités locales
s'inspirent de méthodes et process à l'efficacité avérée,
utilisés dans les entreprises.
Alors pourquoi les collectivités territoriales recrutent-elles encore
tant d'hommes du sérail qui n'ont pas évolué en entreprise
?
La communication change. Le rapport des hommes politiques à la communication
aussi. Espérons que les ressources humaines suivront. Pas tout de suite
compte tenu du rôle " politique " du poste de directeur de la
communication en collectivité, à la limite, souvent sciemment
franchie, de la communication " classique " et de la propagande des
élus.
Alors, pour ne pas éventer les recettes de cette fine alchimie, laissons
à ces " spécialistes " des collectivités locales
le soin de nous réinventer l'eau tiède.




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