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dimanche
avr.132003

Christophe Agnus : l'homme de Transfert se dévoile

Christophe Agnus restera pour beaucoup dans les annales de la presse en ligne pour avoir été le premier à lancer un titre de presse écrite à partir d'un site Internet. Un an après la fermeture de Transfert et une semaine après sa renaissance, Christophe Agnus nous parle de cette expérience et de ses nouvelles activités.

Planète-RP : Pouvez-vous nous rappeler brièvement votre parcours ?

Christophe Agnus : Je suis journaliste depuis 1981. J'ai commencé au Télégramme de Brest, avant de travailler en indépendant pour des journaux nautiques comme Voiles et Voiliers ou Wind Magazine. Cette situation était parfaite car je continuais mes études pendant ce temps avec le statut génial d'étudiant salarié dispensé d'assiduité...En 1988, j'ai rejoint L'Express. Je vais y rester jusqu'en 1998. Là, je vais travailler dans quatre services différents: Economie, Sciences, Enquêtes puis Société. Ce journal va me permettre des expériences extraordinaires (Je vais notamment travailler sur trois conflits: guerre du Golfe, Bosnie, Rwanda) et la découverte de 37 pays différents. En 1995, je suis à l'origine, avec Corinne Denis et Jean-Claude Bizet, de la création de L'Express Online, sur Compuserve. A l'époque, c'est le premier magazine de ce style à se diffuser en ligne. Je quitte L'Express en 1998 pour créer Transfert magazine et Transfert.net, le site. Transfert réalisera aussi des suppléments ou de la production éditoriale pour d'autres titres de la presse (L'Express, Le Monde, Les Echos, Canal Plus,...) et organisera des conférences. Nous obtiendrons le Clic d'Or du meilleur site Média 2000, le Grand Prix Narrowcast du meilleur programme WebTV d'information 2000 et le Grand Prix des Médias du meilleur site de Presse 2001. Transfert SA sera vendu en octobre 2001 au groupe Ile des Médias, mais la conjoncture publicitaire va s'écrouler encore plus et la société sera fermée en juin 2002. Aujourd'hui, je vis en Bretagne, dans le Finistère, où j'ai des activités diverses. J'écris (pour Le Point, Géo, Ca m'intéresse), je suis rédacteur en chef d'une émission sur la mer diffusée sur TV Breizh et produite par Bleu iroise, je fais du conseil (en création de presse) et je prépare un livre sur un sujet maritime.

PRP : Avec le recul comment jugez vous l'expérience Transfert ? Le journal aurait il pu trouver son public si l'environnement économique avait été plus favorable ?

CA : J'ai beaucoup appris avec Transfert. Je regrette qu'un tel magazine, et bien sûr un tel site, n'ait pu trouver de quoi durer. Nous apportions un ton nouveau, je pense. Et une façon nouvelle d'aborder les nouvelles technologies. Mon grand plaisir était quand des gens qui ne s'intéressaient absolument pas à la technologie me disaient avoir eu un grand plaisir à lire le magazine. Je suis convaincu que nous avons été victime d'un environnement économique catastrophique. Il faut voir que, si les chiffres établis entre avril 2001 et octobre 2001 s'étaient maintenus (chiffres eux même en baisse de 50% par rapport à mars 2001!), nous serions toujours là, et bénéficiaires. Mais la situation est aujourd'hui assez catastrophique, ce qui est d'autant plus dommage que les derniers numéros de Transfert, avec une nouvelle formule, avaient vu les ventes remonter de façon très importante pour le magazine papier, et que les résultats publicitaires en ligne commençaient eux-aussi à se redresser très sérieusement. L'économie du site seul ne pouvait fonctionner sans celle du magazine. Et c'est l'effondrement de la publicité du magazine qui a entraîné l'effondrement global.

PRP : Plus généralement, on constate une remise en cause des modèles économiques fondateurs de la presse en ligne. Quel est votre analyse et comment envisagez vous l'avenir de ce marché ?

CA : Bien sûr. Mais depuis le début je crois au modèle mixte: du papier et du en ligne. Je ne crois pas au 100% en ligne sauf à avoir une énorme puissance et être sur une niche. Ou alors, peut-être, quand les lecteurs comprendront qu'il faut accepter de payer un peu pour avoir accès à de l'information libre. Je pense que l'expérience que va tenter d'anciens journalistes de Transfert, réunis dans Transfert 2, sera intéressante à suivre (sur Transfert.net).

PRP : En conclusion, dans l'éternel débat information/communication comment jugez vous les camps et leurs armes ?

CA : La communication domine largement aujourd'hui. Elle l'avantage du terrain, des armes et des moyens. Le terrain: sur son domaine de compétence, une entreprise ou un politique a un réseau qui est souvent largement plus développé que celui des journalistes qui ne font que traiter épisodiquement d'un sujet (j'exclus la presse professionnelle, mais elle a d'autres problèmes, notamment de connivence et de dépendance publicitaire). Les armes: le journaliste n'a que des mots/images et son magazine/journal/radio/TV. Le "communiquant" joue des mots et des images à la fois, et sur tous les supports à la fois. Même si quelques journalistes sont discordants, le fond sonore et visuel est dominé par les communicants. Les moyens: en France, la presse est malheureusement pauvre, à quelques exceptions près. Et quand elle est aisée, elle ne consacre pas forcément ses ressources à l'enquête, ni même aux journalistes. Mais je suis foncièrement optimiste: les journalistes semblent de plus en plus conscients de leurs limites et du jeu de la communication, et beaucoup (pas encore la majorité, mais cela progresse) tentent de ne "pas être dupe". Le risque étant de tomber dans la parano, bien sûr... Je garde l'espoir aussi car la communication finira par prendre conscience qu'il va de son intérêt que l'information soit bonne et crédible. Je vous l'ai dit: je suis un optimiste!

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