Rédactrice : mode d'emploi
dimanche, avril 13, 2003 at 4:00 PM Planète-RP : Quelles études et quel parcours professionnel préparent à une activité comme la vôtre ?
Corinne Delahaye : L'amour de la chose écrite est bien sûr indispensable, mais certainement pas suffisant. Il est à mon sens essentiel de connaître aussi les métiers de la communication pour comprendre les impératifs et les modes de fonctionnement de ceux pour qui on écrit. Le reste est une affaire de culture générale, d'écoute et de curiosité. De ce fait, plusieurs parcours académiques et professionnels peuvent conduire à ce métier. Pour ma part, cet aboutissement était peut être écrit dès le départ. J'ai eu très vite envie de mettre mes compétences de littéraire au service d'un monde qui bouge, en prise directe avec la société : après Hypokhâgne / Khâgne à Henri IV, j'ai poursuivi de manière assez classique des études de lettres jusqu'à l'agrégation, doublée d'un cursus en civilisation américaine. Mais je ne souhaitais pas discourir toute ma vie sur " les grands textes ", et surtout, je trouvais le monde universitaire beaucoup trop déconnecté de la vie réelle. J'ai donc fait un 3ème cycle au CELSA (option RP). Signe du destin, mon premier job fut de rédiger une brochure institutionnelle pour le centre européen de R&D d'IBM. Puis j'ai rejoint l'agence de relations publiques/ relations presse de Publicis (aujourd'hui Publicis Consultants). L'expérience en communication institutionnelle que j'y ai acquise pendant 10 ans a joué un rôle déterminant dans mon activité de rédactrice aujourd'hui. J'y ai d'abord découvert cette diversité que j'apprécie tant aujourd'hui : je ne travaille que sur des sujets de type institutionnel, mais cette " spécialité " est en fait l'occasion de pénétrer à chaque fois des univers différents, d'interviewer les acteurs les plus divers, de comprendre les métiers et les référentiels culturels de milieux les plus variés. Par ailleurs grâce à ces 10 années en agence, je connais les arcanes du métier, ses grandeurs et ses servitudes, ses contraintes et son stress : je suis sur la même longueur d'onde que les responsables de communication qui s'adressent à moi.
PRP : Travaillez-vous pour les acteurs du monde des RP ? Quels sont leurs besoins ?.....
CD : Oui, bien sûr, et même quasiment exclusivement pour eux ! Une fois encore, c'est le monde dont je suis issue. Je collabore régulièrement avec mon ancien employeur, mais aussi avec d'autres agences de la place J'ai également des clients " en direct ". De fait, mon développement commercial repose exclusivement sur le bouche-à-oreille, la cooptation à travers mon réseau relationnel.
Les besoins de ces acteurs ? Ils se caractérisent souvent par l'urgence ! Une quasi-constante liée au rythme de travail des agences et plus généralement, semble-t-il, au monde de la communication. Mais je suis d'une immense mansuétude envers mes commanditaires... Je suis passée par là, je sais ce que c'est. En fait, je dirais même que je suis là pour ça. Le rédacteur free-lance est par définition une force d'appoint mais qui est immédiatement mobilisable. A lui d'être réactif et pertinent en toutes circonstances. Extérieur à l'agence, il est moins exposé au contexte plus ou moins trépidant de celle-ci : il peut ainsi s'immerger plus efficacement dans un travail de réflexion, de synthèse et d'écriture pour aboutir rapidement à un " produit fini ".
A chaque fois, c'est une sorte de nouveau défi. Parmi les cas les plus extrêmes : un dossier de presse dans l'après-midi, un argumentaire de communication de crise pour le lendemain matin, un rapport annuel en 5 jours ! L'essentiel pour moi est que cela se passe dans la confiance mutuelle et la bonne humeur, qu'il y ait une vraie complicité entre le client et moi. C'est pratiquement toujours le cas. Et heureusement, beaucoup de dossiers se traitent aussi dans des délais certes serrés mais cependant raisonnables.
PRP : Comment jugez-vous l'écrit produit dans le monde des relations
presse ?
CD : A priori, je dirais que c'est très inégal, dans le fond comme dans la forme. Lorsque l'on rédige, il essentiel de se mettre dans la peau de celui à qui le document est destiné. Il ne suffit pas d'avoir une bonne plume pour faire de bons dossiers de presse. Il faut à la fois savoir hiérarchiser les informations, mettre en valeur celles qui sont importantes pour l'entreprise " annonceur " et tenir compte des besoins des journalistes.
Pour ces derniers, un dossier de presse est avant tout un document de travail : il doit donc être clair, pratique et documenté. Il sert à les " nourrir " et à leur faciliter la vie car ils sont inondés d'informations de toutes parts. Il faut inclure quelques chiffres pour leur permettre d'étayer leur discours, donner des informations qui sont de vraies informations, pas de la publicité. On peut aussi essayer, modestement, de leur proposer des angles d'approche à travers certains thèmes abordés, qui faciliteront leur travail tout en confortant les objectifs implicites de l'annonceur.
PRP : Jugez-vous certains documents trop pauvres, d'autres trop roboratifs ?
CD : La qualité n'est pas affaire de quantité. Une certitude cependant : tout ce qui est écrit doit être au service du client - ce qui différencie le métier de rédacteur de celui de journaliste : les finalités de l'écriture ne sont pas les mêmes et contrairement aux idées reçues, les rôles ne sont pas forcément interchangeables.
Ensuite, tout est dans l'art et la manière de faire passer le message de manière subtile et efficace en restant intellectuellement honnête. Certaines informations ne méritent pas un traitement approfondi. Il faut adapter la " quantité " à la nature de l'information, au public visé. Quand il y a inadéquation, le rédacteur doit pouvoir aussi jouer un rôle de " conseil ". Cela fait à mon sens partie intégrante du métier.
Des dossiers trop roboratifs ? Peut-être. Mais encore une fois, tout dépend de la vocation du document : s'il s'agit d'un dossier de référence pour présenter une entreprise, une certaine densité peut être légitime. Sa matière " riche " supportera mieux l'usure du temps : il sera archivé, le journaliste y reviendra de proche en proche pour glaner les informations dont il a besoin, au moment où il en a besoin, quitte à les compléter à travers des interviews.
Mais il est vrai aussi qu'il est parfois opportun de ne pas tout dire. Pour moi, c'est le plus difficile : j'ai la fâcheuse habitude de me passionner pour tous mes dossiers dont j'ai envie de donner la vision la plus précise. Alors j'écris in extenso puis je sabre à la fin, je nettoie...
En bonne littéraire, je reste une militante du plaisir de lire, quand bien même pour les journalistes, il s'agit de lire utile pour faire un article. Je m'attache à soigner la construction du discours, le choix des titres, la fluidité du texte et de ses articulations : on est d'autant plus réceptif au message qu'il s'énonce bien et qu'il est agréable à lire.
PRP : Comment voyez-vous l'évolution de votre activité dans les
années à venir ?
CD : De manière résolument optimiste. La communication " dans tous ses états " se développant, l'écrit demeure une référence centrale : on aura toujours besoin de personnes qui savent mettre en ordre les idées et les présenter de manière attractive et pédagogique. Et c'est là l'essentiel de mon métier. Peu importe le média, imprimé ou électronique.
Mais il est vrai que les demandes se diversifient. Pour y répondre,
le rédacteur devra être suffisamment souple et capable de s'adapter
à différents registres et formats d'écriture. Les brochures,
les rapports annuels, les dossiers de presse, les publi-rédactionnels
et les newsletters restent des valeurs sûres. On me confie aussi des audits
d'image, des analyses de presse et bien évidemment, je suis de plus en
plus souvent sollicitée pour des newsletters électroniques ou
des sites
C'est un exercice que je trouve très stimulant : cela
permet d'aborder d'autres formes d'écriture et de jouer avec une troisième
dimension : l'hypertexte. Un rêve pour les rédacteurs qui aiment
être à la fois précis, exhaustif, ...et attrayant !




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