Etre "attaché" parlementaire...
jeudi, mars 9, 2000 at 2:17 PM Planète-RP : Quel est votre parcours ?
Marie-Christine Méchet : J'ai fait des études de droit public (maîtrise de droit public interne, Sciences-po Paris - section " service public " et 3ème cycle universitaire de Défense à Toulon). Parallèlement la politique m'a toujours passionné (en 1984 j'ai été secrétaire des jeunes du Club 89), bien que je ne sois pas une " militante ", je n'ai jamais adhéré à un parti politique craignant de m'y sentir trop à l'étroit. Après une première expérience dans une société de services informatiques comme cadre administratif en province, j'ai arrêté de travailler pendant 7 ans pour m'occuper de mes enfants. De retour à Paris, j'ai souhaité devenir assistante parlementaire. J'ai commencé à travailler avec un premier député à l'Assemblée nationale en janvier 1994.
PRP : Quel est le rôle d'un assistant parlementaire ?
MCM : Le rôle
de l'assistant parlementaire est différent selon que son
activité est à l'Assemblée nationale ou en
circonscription. Je parlerai de ce que je connais le mieux : l'assistant
parlementaire à l'Assemblée nationale.
Dans le domaine législatif, c'est un rôle en amont
du travail du député. J'ai l'habitude de dire dans
une boutade que " le travail de l'assistant s'arrête
là où commence celui du député "
et c'est très bien ainsi. Nous sommes là pour aider
le député à intervenir sur les textes. Evidemment,
les députés n'interviennent pas sur tous les textes…
ils les choisissent selon leurs centres d'intérêt
et leur commission.
Le travail de l'assistant parlementaire commence alors, il étudie
minutieusement les dispositions présentées, rédige
et dépose des amendements, prépare les interventions
et le dossier de séance…Nous ne pouvons pas aller
en commission à la place du député, ni dans
l'hémicycle bien sûr…Les collaborateurs des
groupes politiques, auxquels appartiennent la plupart des députés,
nous aident beaucoup dans cette fonction, les textes sont généralement
assez complexes…En revanche, quand le député
est le rapporteur d'un texte, il est aidé par les fonctionnaires
de l'Assemblée affectés à la commission devant
laquelle le texte a été renvoyé, le rôle
de son assistant est alors très minoré.
Mais notre travail ne s'arrête pas à l'étude
des textes, nous traitons également le courrier parlementaire
en rapport avec le travail législatif. Les députés
sont régulièrement saisis par leurs administrés
sur des sujets extrêmement variés, dans lesquels
il leur est parfois demandé de véritables consultations
juridiques… Le Service des études de l'Assemblée
est là pour nous aider à leur répondre. L'assistant
peut alors rédiger, au nom de son député,
des questions écrites à adresser au ministre ainsi
que des propositions de loi. L'assistant parlementaire rédige
également les courriers par lesquels le député
peut interpeller le gouvernement sur les problèmes rencontrés
dans l'application des lois. Il rédige aussi les courriers
de saisine du Médiateur de la République pour aider,
en dernier recours, les personnes contestant en vain une décision
ou un comportement de l'administration.
Le député a également une mission d'information
envers ses administrés. Cette mission est assurée
par son assistant qui transmet les projets de loi et les propositions
de loi, les textes votés, les rapports d'information, les
rapports des commissions d'enquête ou des missions de contrôle,
toutes informations ayant trait au travail parlementaire.
L'assistant a également un rôle essentiel de tri
de l'information. Le député reçoit énormément
de documentations, de rapports, de courriers, de revues des presse.
A nous de constituer des dossiers le plus à jour possible
sur ses différents centres d'intérêt afin
de lui permettre de trouver rapidement l'information quand un
sujet se présente à lui.
PRP : Quel est votre statut ?
MCM : Actuellement,
il n'existe pas, à l'Assemblée nationale, de statut
de l'assistant parlementaire. Mieux, notre profession n'est pas
reconnue officiellement, nous n'avons pas de convention collective,
aucune condition de diplôme n'est exigée, aucune
grille de salaire n'est imposée, l'ancienneté n'est
pas reconnue et nous bénéficions du droit minimum
accordé par le code du travail. Nous sommes tous des "
collaborateurs de député ", du chauffeur à
l'assistant en passant par la secrétaire. Nos contrats
sont des contrats de droit privé, mais nous sommes payés
sur fonds publics, la fin du mandat du député rompt
ipso facto le CDI, nous sommes gérés par les services
de l'Assemblée nationale qui, par ailleurs, ne veulent
pas nous connaître individuellement…Nous essayons depuis
des années de sortir de ces contradictions pour que notre
métier soit enfin reconnu mais nous sommes ballottés
entre les députés, qui n'ont pas été
élus pour gérer du personnel, et les services de
l'Assemblée qui veulent entendre parler de nous le moins
possible…C'est parfois ubuesque !
La situation au Sénat est un peu différente, la
condition des assistants est meilleure qu'à l'Assemblée
et bien qu'il n'existe pas en tant que tel un " statut ",
leur métier est beaucoup mieux reconnu et identifié.
Des conditions de diplôme déterminent les différents
métiers, y sont attachées le statut de cadre, des
grilles de salaire, l'ancienneté est reconnue…autant
d'avancées qui permettent de proposer une progression de
carrière à l'assistant parlementaire.
PRP : Cette responsabilité vous a t-elle été
proposée par votre député ou l'avez-vous
sollicité ?
MCM : Le marché du travail des assistants parlementaires est un marché " caché ". Il n'existe pas de centralisation des CVs, pas de journal de petites annonces, pas de lieu de rencontre. C'est un peu le " système D " et la circulation des candidatures se fait beaucoup par les assistants eux-mêmes. Le travail parlementaire ne s'apprend pas vraiment dans les livres mais beaucoup sur " le terrain ", dans la pratique. Le député avec lequel je travaille depuis quatre ans était alors un nouvel élu et il cherchait quelqu'un qui connaissait bien l'Assemblée et le travail parlementaire, il avait envie de s'investir dans le travail législatif.
PRP : Est-il nécessaire d'avoir la même sensibilité
politique que son député ?
MCM : Evidemment
oui. Même si dans notre grande majorité nous ne sommes
pas des militants, nous sommes des collaborateurs " politiques
" et avons des convictions. Ici, à l'Assemblée,
nous représentons notre parlementaire et comme nous préparons
son travail législatif, je pense qu'il est indispensable
d'avoir des convictions politiques identiques aux siennes.
Quelles sont les qualités requises pour être un bon
assistant parlementaire ?
Il faut être réactif, travailler rapidement, connaître parfaitement les arcanes du travail législatif. Il faut se tenir constamment informé, beaucoup lire, être organisé et ordonné. Il faut savoir comment " fonctionne " son député pour l'aider au maximum à exercer son métier de législateur.
PRP : Etes-vous amenés à travailler avec la presse,
si oui quelle type de presse et quels sont vos rapports ?
MCM : Non, je ne m'occupe pas des relations avec la presse, c'est le domaine réservé de mon collègue de circonscription qui est en contact avec la presse locale.
PRP : Avez-vous des contacts avec les autres assistants
parlementaires à l'AN et plus particulièrement est-ce
que la profession est organisée ?
MCM : Oui, bien sûr, nous avons beaucoup de contacts et de relations
d'amitié entre nous. Certains assistants sont présents à l'Assemblée depuis
de nombreuses années. Nous travaillons souvent ensemble sur les dossiers, afin
de préparer des amendements sur les textes, de répondre aux courriers-type et
aux multiples pétitions que le député reçoit. Les bureaux des députés étant
attribué selon l'étiquette politique, nous restons souvent " entre nous " et
n'avons que peu de contact avec les assistants des autres députés. La vie ici
est très politisée et nous fonctionnons ainsi sans même nous en rendre compte.
Il existe plusieurs associations d'assistants de droite et de
gauche. Je suis moi-même secrétaire général
adjoint de l'Association Française des Collaborateurs Parlementaires,
la plus ancienne des associations, créée 1979. Un
syndicat de gauche a même été créé
il y a quelques années. Néanmoins, nous travaillons
tous ensemble afin que notre métier soit mieux reconnu
et qu'un statut lui soit enfin conféré, le chemin
est long et les Législatures trop courtes. Mais la permanence
des structures mises en place permet une action à plus
long terme et nous avons de bons espoirs d'avoir un jour un statut
à la mesure de notre métier et une véritable
reconnaissance.



