Corine Delahaye est rédactrice, en contact quasi-quotidiennement avec
le monde des relations publiques pour lesquels elle est la main docte et agile
qui écrit dans l'ombre les textes qui seront ensuite diffusés aux
journalistes. Pour Planète-RP, Corinne a accepté de pratiquer l'introspection
et de commenter la production écrite du monde de la communication.
Planète-RP : Quelles études et quel parcours professionnel
préparent à une activité comme la vôtre ?
Corinne Delahaye : L'amour de la chose écrite est bien sûr
indispensable, mais certainement pas suffisant. Il est à mon sens essentiel
de connaître aussi les métiers de la communication pour comprendre
les impératifs et les modes de fonctionnement de ceux pour qui on écrit.
Le reste est une affaire de culture générale, d'écoute
et de curiosité. De ce fait, plusieurs parcours académiques et
professionnels peuvent conduire à ce métier. Pour ma part, cet
aboutissement était peut être écrit dès le départ.
J'ai eu très vite envie de mettre mes compétences de littéraire
au service d'un monde qui bouge, en prise directe avec la société
: après Hypokhâgne / Khâgne à Henri IV, j'ai poursuivi
de manière assez classique des études de lettres jusqu'à
l'agrégation, doublée d'un cursus en civilisation américaine.
Mais je ne souhaitais pas discourir toute ma vie sur " les grands textes
", et surtout, je trouvais le monde universitaire beaucoup trop déconnecté
de la vie réelle. J'ai donc fait un 3ème cycle au CELSA (option
RP). Signe du destin, mon premier job fut de rédiger une brochure institutionnelle
pour le centre européen de R&D d'IBM. Puis j'ai rejoint l'agence
de relations publiques/ relations presse de Publicis (aujourd'hui Publicis Consultants).
L'expérience en communication institutionnelle que j'y ai acquise pendant
10 ans a joué un rôle déterminant dans mon activité
de rédactrice aujourd'hui. J'y ai d'abord découvert cette diversité
que j'apprécie tant aujourd'hui : je ne travaille que sur des sujets
de type institutionnel, mais cette " spécialité " est
en fait l'occasion de pénétrer à chaque fois des univers
différents, d'interviewer les acteurs les plus divers, de comprendre
les métiers et les référentiels culturels de milieux les
plus variés. Par ailleurs grâce à ces 10 années en
agence, je connais les arcanes du métier, ses grandeurs et ses servitudes,
ses contraintes et son stress : je suis sur la même longueur d'onde que
les responsables de communication qui s'adressent à moi.
PRP : Travaillez-vous pour les acteurs du monde des RP ? Quels sont leurs
besoins ?.....
CD : Oui, bien sûr, et même quasiment exclusivement pour
eux ! Une fois encore, c'est le monde dont je suis issue. Je collabore régulièrement
avec mon ancien employeur, mais aussi avec d'autres agences de la place
J'ai également des clients " en direct ". De fait, mon développement
commercial repose exclusivement sur le bouche-à-oreille, la cooptation
à travers mon réseau relationnel.
Les besoins de ces acteurs ? Ils se caractérisent souvent par l'urgence
! Une quasi-constante liée au rythme de travail des agences et plus généralement,
semble-t-il, au monde de la communication. Mais je suis d'une immense mansuétude
envers mes commanditaires... Je suis passée par là, je sais ce
que c'est. En fait, je dirais même que je suis là pour ça.
Le rédacteur free-lance est par définition une force d'appoint
mais qui est immédiatement mobilisable. A lui d'être réactif
et pertinent en toutes circonstances. Extérieur à l'agence, il
est moins exposé au contexte plus ou moins trépidant de celle-ci
: il peut ainsi s'immerger plus efficacement dans un travail de réflexion,
de synthèse et d'écriture pour aboutir rapidement à un
" produit fini ".
A chaque fois, c'est une sorte de nouveau défi. Parmi les cas les plus
extrêmes : un dossier de presse dans l'après-midi, un argumentaire
de communication de crise pour le lendemain matin, un rapport annuel en 5 jours
! L'essentiel pour moi est que cela se passe dans la confiance mutuelle et la
bonne humeur, qu'il y ait une vraie complicité entre le client et moi.
C'est pratiquement toujours le cas. Et heureusement, beaucoup de dossiers se
traitent aussi dans des délais certes serrés mais cependant raisonnables.
PRP : Comment jugez-vous l'écrit produit dans le monde des relations
presse ?
CD : A priori, je dirais que c'est très inégal, dans le
fond comme dans la forme. Lorsque l'on rédige, il essentiel de se mettre
dans la peau de celui à qui le document est destiné. Il ne suffit
pas d'avoir une bonne plume pour faire de bons dossiers de presse. Il faut à
la fois savoir hiérarchiser les informations, mettre en valeur celles
qui sont importantes pour l'entreprise " annonceur "
et tenir
compte des besoins des journalistes.
Pour ces derniers, un dossier de presse est avant tout un document de travail
: il doit donc être clair, pratique et documenté. Il sert à
les " nourrir " et à leur faciliter la vie car ils sont inondés
d'informations de toutes parts. Il faut inclure quelques chiffres pour leur
permettre d'étayer leur discours, donner des informations qui sont de
vraies informations, pas de la publicité. On peut aussi essayer, modestement,
de leur proposer des angles d'approche à travers certains thèmes
abordés, qui faciliteront leur travail tout en confortant les objectifs
implicites de l'annonceur.
PRP : Jugez-vous certains documents trop pauvres, d'autres trop roboratifs
?
CD : La qualité n'est pas affaire de quantité. Une certitude
cependant : tout ce qui est écrit doit être au service du client
- ce qui différencie le métier de rédacteur de celui de
journaliste : les finalités de l'écriture ne sont pas les mêmes
et contrairement aux idées reçues, les rôles ne sont pas
forcément interchangeables.
Ensuite, tout est dans l'art et la manière de faire passer le message
de manière subtile et efficace en restant intellectuellement honnête.
Certaines informations ne méritent pas un traitement approfondi. Il faut
adapter la " quantité " à la nature de l'information,
au public visé. Quand il y a inadéquation, le rédacteur
doit pouvoir aussi jouer un rôle de " conseil ". Cela fait à
mon sens partie intégrante du métier.
Des dossiers trop roboratifs ? Peut-être. Mais encore une fois, tout
dépend de la vocation du document : s'il s'agit d'un dossier de référence
pour présenter une entreprise, une certaine densité peut être
légitime. Sa matière " riche " supportera mieux l'usure
du temps : il sera archivé, le journaliste y reviendra de proche en proche
pour glaner les informations dont il a besoin, au moment où il en a besoin,
quitte à les compléter à travers des interviews.
Mais il est vrai aussi qu'il est parfois opportun de ne pas tout dire. Pour
moi, c'est le plus difficile : j'ai la fâcheuse habitude de me passionner
pour tous mes dossiers dont j'ai envie de donner la vision la plus précise.
Alors j'écris in extenso puis je sabre à la fin, je nettoie...
En bonne littéraire, je reste une militante du plaisir de lire, quand
bien même pour les journalistes, il s'agit de lire utile pour faire un
article. Je m'attache à soigner la construction du discours, le choix
des titres, la fluidité du texte et de ses articulations : on est d'autant
plus réceptif au message qu'il s'énonce bien et qu'il est agréable
à lire.
PRP : Comment voyez-vous l'évolution de votre activité dans les
années à venir ?
CD : De manière résolument optimiste. La communication
" dans tous ses états " se développant, l'écrit
demeure une référence centrale : on aura toujours besoin de personnes
qui savent mettre en ordre les idées et les présenter de manière
attractive et pédagogique. Et c'est là l'essentiel de mon métier.
Peu importe le média, imprimé ou électronique.
Mais il est vrai que les demandes se diversifient. Pour y répondre,
le rédacteur devra être suffisamment souple et capable de s'adapter
à différents registres et formats d'écriture. Les brochures,
les rapports annuels, les dossiers de presse, les publi-rédactionnels
et les newsletters restent des valeurs sûres. On me confie aussi des audits
d'image, des analyses de presse et bien évidemment, je suis de plus en
plus souvent sollicitée pour des newsletters électroniques ou
des sites
C'est un exercice que je trouve très stimulant : cela
permet d'aborder d'autres formes d'écriture et de jouer avec une troisième
dimension : l'hypertexte. Un rêve pour les rédacteurs qui aiment
être à la fois précis, exhaustif, ...et attrayant !