Relations presse et patrimoine photographique
lundi, mars 10, 2003 at 11:17 AM Planète-RP : Bonjour, pouvez-vous nous présenter votre parcours ainsi que votre fonction actuelle ?
Olivier Bourgoin : Après un DEUG de Communication au Celsa, j'ai
échoué au concours d'accès au cursus supérieur de
cet institut. J'ai par la suite obtenu une licence de droit (option techniques
de communication) avant d'arrêter mes études. Après une
expérience dans le domaine bancaire et plus précisément
dans un service de communication d'une Caisse régionale du Crédit
Agricole, je désirais travailler dans le domaine culturel et particulièrement
dans les arts visuels.
Je suis responsable des relations avec la presse pour Patrimoine photographique
(*) depuis juin 1994 et j'organise également sa communication commerciale
et institutionnelle.
Nos salles d'exposition sont situées à l'Hôtel de Sully,
à Paris, près de la place des Vosges. Nous y présentons
entre 4 ou 5 expositions par an dont nous sommes soit producteurs, co-producteurs
ou que nous accueillons.
Ces expositions sont monographiques (" Sam Lévin ", "
Jacques Henri Lartigue ", " Arnold Newman ", " Cecil Beaton
" etc.) ou thématiques (" Mémoire des camps ",
" La guerre civile espagnole ", " La conquête des pôles
", " Corpus Christi " plus récemment, etc.)
Nous accueillons entre 60 000 et 90 000 visiteurs par an.
J'ai par ailleurs la responsabilité de l'itinérance d'une vingtaine
d'expositions photographiques que nous proposons à des institutions culturelles
privées ou publiques, en France et à l'étranger. Ces expositions
ont été présentées dans plus de 250 lieus différents.
Je suis aidé dans ces fonctions par deux assistants.
Planète-RP : Comment vous y prenez vous pour assurer une exposition
médiatique régulière à l'Institution pour laquelle
vous travailliez ? Existe-t-il des grandes règles à respecter
pour la communication des patrimoines photographiques ?
OB : La médiatisation régulière des expositions
que nous présentons rejaillit évidemment sur l'institution et
sur l'ensemble des activités de celle-ci.
Pour chaque exposition, et au-delà de la presse culturelle ou spécialisée,
nous cherchons toujours à attirer un nouveau public vers la photographie.
Les différentes thématiques nous permettent de cibler une presse
et un lectorat assez éloignés de cet art : ce public viendra par
exemple regarder les Indiens d'Amérique du Nord du début du siècle
par Curtis et reviendra plus facilement plus tard découvrir un autre
photographe, un autre aspect de l'histoire de la photographie.
Par la diversité des expositions que nous proposons, nous essayons d'amener
le public à se rendre compte de la capacité qu'a la photographie
de rendre compte, de témoigner, de faire réfléchir mais
également de faire rêver.
Nous veillons toujours au respect du droit d'auteur, et pour chaque exposition,
un nombre limité de photographies destinées à la presse
reste libre de droits de reproduction.
Au fil des années, nous appréhendons le goût et la sensibilité
des journalistes avec qui nous travaillons. Nous essayons de leur faire parvenir
les informations dans les meilleurs délais, en fonction de la périodicité
des supports (entre 3 mois et 15 jours avant le début de l'exposition).
Nous ne les harcelons pas téléphoniquement mais préférons
des contacts peut-être moins fréquents mais plus complets. Nous
insistons seulement lorsque nous sommes convaincus qu'une exposition est plus
particulièrement destinée au lectorat de tel ou tel titre et essayons
alors de proposer de grands sujets ou des portfolios.
Nous disposons d'un budget " publicité " assez modeste pour
chaque exposition et que nous répartissons entre la presse spécialisée
" photographie ", la presse culturelle grand public et l'affichage
" Paris ".
Planète-RP : Comment sont répartis les médias et
les journalistes qui suivent vos activités et quels sont les revues et
journalistes qui font et défont le marché ?
OB : Je ne suis pas un spécialiste du marché de la photographie,
loin de là. De plus, nous ne présentons quasiment pas de création
contemporaine. Mais j'ai l'impression que dans le milieu de la photographie
- qui se développe très vite, mais qui reste somme toute assez
restreint - des revues internationales pointues comme Art Press, Crash, Frieze,
Photonews, Paris Photo, etc. influencent le marché et font grimper la
côte de certains jeunes artistes ou l'amplifient.
La photographie ancienne et moderne est plus soumise aux résultats des
grandes ventes aux enchères qui sont souvent relayées par la presse
grand public, par des quotidiens comme Le Monde ou Le Figaro par exemple.
Le presse dédiée à la mode joue également un vrai
rôle et déniche ou confirme de vrais talents.
En ce qui concerne la typologie des médias qui suivent nos activités,
nous avons d'un côté la presse spécialisée "
photo " - qui compte en France malheureusement peu de titres - mais qui
relate systématiquement nos activités, la presse culturelle généraliste
qui s'intéresse de plus en plus à la photographie et les différentes
presses spécialisées avec qui nous travaillons en fonction des
thématiques que nous mettons en avant.
Les médias audiovisuels s'intéressent uniquement à nos
expositions lorsque celles-ci offrent des potentialités " grand
public " évidentes : le côté " people " des
expositions de portraits, le caractère historique des expositions thématiques.
Parfois même uniquement sur le seul nom du photographe, si celui-ci est
un maître (dans l'esprit des journalistes " télé ",
il n'est pas encore évident qu'il existe des maîtres de la photographie
au même titre qu'il en existe pour la peinture, la sculpture ou le cinéma.
Mais leur perception évolue).
Planète-RP : La photographie échappe parfois à une
analyse objective du fait de son caractère artistique et des choix faits
par les photographes aux-mêmes dans leur production ? Comment arrivez
vous à donner la meilleure visibilité médiatique à
ces oeuvres sans trahir l'Univers des artistes qui les ont créées
?
O.B. : Pour chaque nouvelle exposition, nous nous plongeons dans l'univers
du photographe ou dans l'histoire de la thématique proposée. Nous
échangeons avec les artistes toujours vivants, ou s'ils ont disparus
avec ceux qui les ont connus. Nous lisons des ouvrages qui leur sont consacrés.
Nous essayons toujours d'avoir une vision globale de l'uvre de tel ou
tel photographe, même si nous n'en montrons qu'une partie, ou un aspect
particulier.
Nous ne proposons jamais à la presse l'utilisation de l'intégralité
des images d'une exposition. Nous essayons de choisir pour notre communication
celles qui peuvent " résumer " un propos artistique, une uvre,
un discours, sans jamais tout dévoiler.
C'est au journaliste de venir découvrir un ensemble et de donner envie
au public - ou non - de se rendre dans nos salles d'exposition.
* Créée en 1982, l'association Patrimoine photographique, sous-tutelle
de la Direction de l'architecture et du patrimoine au Ministère de la
Culture, assure la conservation, la gestion et la diffusion de fonds photographiques
ayants fait l'objet de donations à l'Etat, de legs ou d'acquisitions.
Elle procède à la protection et à l'étude de ces
fonds, prépare des expositions et assure la diffusion des uvres
par la cession des droits de reproduction aux médias (édition,
presse, audiovisuel) et par la vente de tirages.



