Déclaration de Bologne : quel avenir pour les SIC ?

Uniformiser l’enseignement supérieur d’ici 2010 : c’est l’objectif que se sont donnés 25 pays européens. En rédigeant la Déclaration de Bologne en 1999, les ministres européens de l’éducation espèrent réduire l’énorme diversité des structures, des formations et des diplômes. En pratique, l’un des effets de cette réforme sera l’abolition de la distinction entre enseignement supérieur et enseignement universitaire, une distinction qui existe notamment en Belgique, et que l’on caractérise souvent par la différence entre pratique et théorie, pensée instrumentale et pensée savante.

 

Professionnaliser les études et rendre ainsi les étudiants directement disponibles sur le marché du travail : le défi n’est pas sans poser de problèmes et beaucoup craignent la privatisation et la libéralisation d’un domaine jusqu’à présent démocratique et de libre accès. C’est le cas d’Yves Winkin, qui a sorti en octobre dernier « La communication n’est pas une marchandise » par crainte d’une marchandisation des Sciences de l’Information et de la Communication (SIC). Cette discipline est, pour Yves Winkin, fortement exposée. « Les SIC viennent en partie du monde de l’entreprise à laquelle elles ont toujours fourni des cadres, en particulier en matière de relations publiques (…) Lorsqu’il s’agira de faire passer les universités du « Mode 1 » au « Mode 2 », les ex-relations publiques ne seront-elles pas un des premiers domaines où la pensée experte et consultante issue de l’entreprise pourra aisément se substituer à la pensée savante issue de l’université ? ». En moins d’une centaine de pages, l’auteur illustre (avec l’exemple des Etats-Unis notamment) ses craintes de voir les relations publiques, et d’une manière générale les études en communication et information, s’éloigner de cet enseignement de réflexion et se rapprocher d’une vision instrumentalisante.

Après un retour sur l’histoire des études en communication en France et en Belgique, Yves Winkin propose une voie alternative : l’anthropologie de la communication. Il explique : « un terrain ethnographique est selon moi le meilleur stage professionnel que l’on puisse offrir à des étudiants en communication ». Cette discipline, même si l’auteur reste très réaliste sur cette alternative, permettrait, selon lui, d’aborder autrement les relations publiques.

Véronique Durant


« La communication n’est pas une marchandise
Résister à l’agenda de Bologne »
Editions Labor/Espace de Libertés

 

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