Jean-Noël Nouteau, croisé de la communication

A l’occasion de la sortie aux Editions Démos, de son ouvrage  » les relations presse », nous avons rencontré Jean-Noël Nouteau, qui a bien voulu évoquer les grands enjeux de la profession, ainsi que ses réflexions sur la place de l’attaché de presse dans l’économie de l’information.

Planète-RP : Comment expliquez vous que certains ex-attachés de presse font en sorte de gommer cet aspect de leur parcours une fois parvenu en haut de la hiérarchie de l’entreprise ?

Jean-Noël Nouteau : Un Général qui a été sous-lieutenant ne le crie pas sous les toits ( sourire ). Plus concrètement, notre métier peut nous amener à exercer d’autres activités, tel l’événementiel ou encore la publicité. Dans mon cas, je me suis orienté vers la formation. Mais la sève du métier coule toujours dans nos veines et nous sommes amenés à utiliser nos acquis tout au long de nos activités professionnelles. Accepter des postes de direction générale. Je trouve l’exercice périlleux. J’en ai eu l’opportunité. J’ai préféré me spécialiser dans mon activité et aller au bout ma logique professionnelle. Être compétent dans une activité, c’est déjà un travail de longue haleine.

PRP : Les journalistes ne sont-ils pas notre maillon faible dans la connaissance que le grand public a de notre profession…ils ne parlent pas de nous et nous préfèrent souvent les ténors de la publicité !!!

JNN : C’est un fait. Une jolie fille ne criera jamais sur les toits le nom de son chirurgien esthétique. Il en est de même pour les journalistes. Ils sont conscients que 50% de ce qui est écrit dans la presse dépend directement ou indirectement du travail des attachés de presse. Ils savent souvent trop bien ce qu’ils nous doivent pour nous le dire…cela fait partie du jeu ! Là ou c’est moins agréable c’est quand votre efficacité n’est pas récompensé. Je me rappelle d’un journaliste scientifique à qui j’avais obtenu un exemplaire de l’encyclopédie Larousse et qui avait été interrompu lors de notre rendez-vous par un appel urgent et une demande de contribution rapide à un sujet d’actualité suite à l’irruption d’un volcan. Et bien savez-vous ce qu’il fit. Il ouvra l’encyclopédie à la page  » volcan  » et emprunta purement et simplement ses réponses à l’ouvrage, en omettant de citer mon client…c’est bien sûr un exemple limite, mais qui illustre bien l ‘ambiguïtéde nos relations avec la presse. Je relate cet épisode d’autant plus aisément que la majorité d’entre eux remplit sa tâche avec sérieux.

PRP : On constate l’apparition des conseillers en communication presse politique sur le devant de la scène…( un peu comme cela se pratique en Angleterre et aux USAs ) Qu’en pensez-vous ?

JNN : La politique telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui consiste à jouer tout en nuance. Les différences entre programmes et candidat devient si congru que seul la personnalité, l’apparence joue un rôle déterminant dans la décision de l’électeur. Dans ce cadre, le conseiller en communication joue un rôle déterminant et oui, la couleur d’une cravate est malheureusement devenue aussi importante qu’un programme. La politique est un sport de masse et qui dit sport de masse suppose un traitement plus grossier de ces masses. Racine disait employer 1000 mots de vocabulaires pour écrire ses pièces. L’homme politique en manie tout de même 2000…beaucoup comparé aux 80 mots du loft.

PRP : Que représente économiquement et en salariés le marché des relations publiques et des relations presse en France ? Va-t-il se développer ? A quelle échelle ?

JNN : Notre profession ne dispose pas de chiffres assez fiable sur son poids économiques. Néanmoins je peux témoigner de deux anecdotes qui démontrent le développement de notre activité. J’ai assuré le lancement de l’opération fête des grands-mères il y a quelques années. Nous disposions d’un budget de 1MF et nous étions 8 permanents. Impensable il y a seulement 15 ans. Autre souvenir. Les réunions avec Pivot quand il commençait ses émissions littéraires. 35 attachés de presse à la première présentation de l’émission  » entre les guillemets « . 180 au lancement d’  » Apos  » et  » Strophes « .

La publicitédevient de plus en plus inabordable. Les relations presse ont encore de beaux jours devant elle, si les chefs d’entreprise veulent bien partager cette conviction ( souvent les relations presse font encore office de  » cache-sexe « , dans des sociétés où le management ne s’impliquera pas dans la communication ).

PRP : Votre activité de formateur vous fait rencontrer beaucoup de professionnels. Quellesévolutions notez vous concernant les profils et les attentes des attachés de presse ?

JNN : On entre en relation presse à la suite d’un parcours universitaire spécialisé en communication, ou bien dans le cadre de promotions d’entreprise. Le premier parcours me semble le plus adapté à une pratique professionnelle de notre activité, à l’assurance d’un flux contrôlé de la communication avec les publics. On a vu trop de commerciaux brader la communication de leur entreprise et faire du mal à l’intégrité de notre métier. Ceux qui font de la communication cherchent une autre relation avec le public. Ils sont en cela les dignes héritiers des Mc Luhan et autres Nader.

PRP : Les journalistes sont touchés de plein fouet par la marchandisation de l’information. Pensez-vous que cette tendance soit inéluctable ? Que pourrait-on faire pour y remédier ?

JNN : On ne peut guère endiguer cette marchandisation de l’information qu’en réglementant. Réglementer. Cela fait plus d’un siècle que la presse navigue entre la libéralisation et le contrôle, plus encore que nos auteurs doivent souvent s’expatrier pour publier leurs livres ( Hugo, Vallès ) A notre modeste niveau, nous devons continuer à garantir aux journalistes l’accès libre et gratuit à une information transparente.

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